Print Van Paris : entre sérigraphie, bonne humeur et créativité

À Paris, nombreux sont les endroits insoupçonnables que l’on peut découvrir au détour d’un carrefour, au coin d’une rue. Dans le 11ème, à deux pas du boulevard Voltaire, se trouve un petit studio fraîchement rénové par Oschon Wespi-Tschopp, devenu le pied à terre du Print Van Paris. Pour son ouverture, la galerie accueille les œuvres de Margaux Carpentier, jeune illustratrice et peintre basée à Londres, à l’univers contrasté et spirituel parfois très allégorique.

Cela fait quelques années que l’on peut apercevoir le camion de sérigraphie éphémère dans les rues de Paris. Le concept est simple : à la manière d’un vendeur de glaces ambulant, Oschon amène la sérigraphie aux gens, en leur proposant d’imprimer eux-mêmes le motif de leur choix sur un objet (tee-shirt, tote-bag, affiche…), avant de repartir avec cette édition limitée. Oschon raconte : « L’idée c’est vraiment de travailler avec des artistes différents, au début c’était vraiment une collaboration dévelopée pour chaque emplacement.  » Il amène ainsi l’atelier directement au public, en choisissant des endroits improbables.


©Lisa Darrault

Les deux créatifs se rencontrent à Londres, où ils ont effectué leurs études (Margaux en Arts Appliqués, Oschon en Graphisme), notamment grâce au Print Club de Londres, véritable plaque tournante dans le monde de l’illustration :  » à l’époque il y avait beaucoup de gens qui venaient là pour leurs projets en sortant des études, ça faisait une petite communauté. » Oschon raconte : « c’est là-bas que j’ai commencé la sérigraphie, et le design graphique. J’avais mon atelier à côté de Printclub aussi, et il y avait un italien qui réparait les camions à glaces pas loin, et je me suis dit tiens il y a peut-être un truc à faire avec les couleurs, les formes, vives, joyeuses, ce que ça dégage… » C’est ainsi qu’est née l’idée, qu’il a mise en application plusieurs années après, à Paris.


©Lisa Darrault

Mais avec le temps, le petit camion a besoin d’évoluer : « c’était vraiment marrant ! Mais au bout d’un moment on a envie de pousser plus loin les échanges avec les artistes, de vraiment travailler avec eux. Sous ce format, ça restait un peu restrictif, le choix des couleurs, d’une impression, et d’un motif pas très technique… Du coup on a cherché un espace plus fixe, pour poser les choses. On garde comme fil rouge les éditions limitées, mais il n’y a vraiment pas d’idée commerciale derrière, c’est plutôt pour découvrir des mondes et des imaginaires différents. »


©Lisa Darrault

Oschon aquiert donc la galerie, pour en faire un espace de partage et de créativité avant tout : « on va pouvoir y faire des ateliers plus poussés. Les gens qui viennent ne vont pas seulement voir une expo, mais aussi y participer, ou au moins voir et comprendre comment ça a été fait, les processus qu’il y a derrière. » Cette démarche de démystification de la sérigraphie est significative, et rend le lieu très accessible, toujours dans l’esprit du camion. En plus de celui-ci, le Print Van s’est aussi muni d’une petite charrette de glacier, qui permet de couvrir des événements ou des privatisations. « On garde toujours ce côté éphémère, et là c’est vraiment un petit mélange, à la fois de travail dans l’espace et l’exposition dans l’espace de travail. »


©Print Van Paris

Le studio de création, de collaborations et d’impression s’accorde aux non initiés et la rend accessible en montrant le procédé, très manuel, en présence de professionnels. En plus des expositions, Oschon propose des ateliers sous forme d’afterwork, le jeudi soir : « c’est marrant, c’est une bonne ambiance ici. J’ai commencé le jeudi soir, beers and print, 2h-2h30 ça a bien marché, du coup on va garder ce système d’afterwork, et le week-end aussi. Là on fera des ateliers de 6 personnes, deux fois (un le matin et un l’après-midi) sinon l’espace devient vite trop petit. »


©Print Van Paris

Le soir de l’inauguration, ils imprimaient des sacs en direct pour montrer aux gens le processus. L’espace, peint en blanc, est fait pour accueillir les œuvres des artistes qui y seront exposés : il se prête aux couleurs et aux formes de celles-ci. Ainsi, la première exposition accueille les créatures colorées et expressives propres à l’imaginaire de Margaux Carpentier : La vie secrète des êtres. Réalisés pour la galerie, les tableaux sont des histoires, comme l’explique Margaux : « ce ne sont que des choses nouvelles. J’ai tout créé pour l’expo autour d’un thème plus ou moins vague. En fait chaque print a une histoire bien à elle, qui explore les différents moments de la vie, c’est plus ou moins métaphorique, il y en a qui sont simples, et d’autres un peu plus oniriques et compliqués. »


©Print Van Paris

Chaque œuvre est en effet accompagnée d’un petit texte qui permet au visiteur d’assembler les pièces du puzzle, et d’en saisir la signification : « dans ma tête chaque dessin a une histoire, des références bien précises derrière, et je brode chaque illustration autour de ça. » La dessinatrice lit beaucoup. Son travail est influencé par des textes, des poèmes, des chansons, et à travers ses production, ont décèle l’importance qu’ils ont pour elle : « mes œuvres sont des histoires. Je dis souvent que je suis plus attachée aux mots et aux histoires qu’aux images finalement, c’est un peu bizarre… Donc j’aime bien raconter vraiment des histoires avec mes images. »


©Print Van Paris

La jeune artiste dont c’était la deuxième exposition est aussi sur d’autres projets : elle doit imaginer la scénographie pour une boutique d’objets mexicains et guatemaltèques, dans le cadre du salon d’exposition Maison & Objet. Les décors, en cartons recyclés, accueilleront les personnages qu’elle imagine pour mettre en scène une sorte de petite histoire. Elle dessine aussi pour Djeco, les loisirs créatifs et pour enfants, qui font souvent appel à des illustrateurs, et avec le zoo de Londres, depuis deux ans. Elle dote ce parc d’une identité réalisée à la main. Scénographie en 2D cette fois, elle peint beaucoup de fresques, sur des murs, des objets…

Exposition La vie Secrète des Êtres, de Margaux Carpentier,
Jusqu’au 29 juin,
À l’atelier Print Van Paris,
20ter Rue Basfroi, 75011 Paris

Par Lisa Darrault

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