Sarah Boris : “J’aime quand les choses sont claires et immédiates”

Si cette année on l’a vue à la Fête du graphisme et à une Saison Graphique au Havre, c’est à Londres que Sarah Boris a posé ses valises depuis la fin de ses études. Après avoir travaillé avec de nombreuses organisations artistiques et maisons d’édition, la graphiste française est désormais entièrement à son compte. Elle évoque pour étapes: son parcours, son approche et sa vie outre-Manche.

Pouvez-vous décrire votre parcours en quelques mots ?

J’ai fait une MANAA à Olivier de Serres puis un DMA en typographie à Estienne. J’ai decidé de faire un Master en Graphisme à Londres dont j’ai été diplômée en décembre 2004. Après quelques postes en freelance j’ai obtenu le poste de graphiste au Barbican Centre, un grand centre d’art, d’expositions, de musique, danse et theatre à Londres. J’y suis restée deux ans et demi. J’ai ensuite obtenu le poste de designer / DA à l’Institut d’Art Contemporain de Londres pour qui j’ai fait une nouvelle identité visuelle en 2009. En 2010, j’ai commencé à travailler à temps partiel pour l’institut d’art (deux jours par semaines) et j’ai en parallèle enseigné dans le graphisme dans un lycée au Sud de Londres puis à l’Université d’Art de Londres (UAL) au London College of Communication un jour par semaine. Pendant ce temps j’ai également travaillé pour diverses organisations artistiques, musées et galeries privées (Tate, Architecture Foundation, Gasworks, South London Gallery, Fedrigoni et la DA et redesign de Hotshoe Magazine etc) et aussi pour des artistes tels que Noémie Goudal (photographe française), Adam Broomberg et Oliver Chanarin. En 2012, j’ai pris le poste de design manager à Phaidon et j’ai plus tard été promue directrice artistique associée. J’ai quitté Phaidon fin février 2015 et je me suis installée à mon compte. Je viens de terminer un livre pour Phaidon en freelance (la monographie de JR) et j’assure la direction artistique et le design pour la Photographers’ Gallery à Londres.

Vous avez étudié à Estienne, puis avez pris la direction de l’Angleterre, y a-t-il une raison particulière à cette traversée de la manche ?

Je suis née à Londres, mes parents sont partis six mois après ma naissance donc je ne connaissais pas grand chose de ce pays ni de cette ville. J’ai toujours eu la curiosité de venir découvrir ma ville de naissance et j’ai eu la chance de passer un baccalauréat international (Lycée de Sèvres) et j’aimais beaucoup l’approche pédagogique et la méthodologie des professeurs anglais. Ça m’a donc d’autant plus attirée pour poursuivre mes études en Angleterre. Je suis restée après, ayant trouvé mon ‘dream job’ là bas, sans ça je serais peut-être rentrée en France.

Quand avez-vous décidé de vous lancer en Freelance ? Quel a été votre premier client ?

Je fais du freelance depuis longtemps – mais je suis réellement lancée en freelance à temps plein depuis Février 2015. J’ai décidé de me mettre à mon compte afin de poursuivre des projets personnels et d’avoir plus de temps pour faire les choses que j’aime et de passer du temps avec les gens que j’aime.

Mon tout premier client en freelance remonte il y a plus d’une dizaine d’années et je crois bien que c’est l’ONG, AFDI (Agriculteurs français et développement international).

Pensez-vous que Londres est une ville plus facile pour les designers graphiques indépendants ?

Je ne peux pas juger si Londres est plus facile sachant que j’y suis depuis douze ans, c’est donc difficile pour moi de comparer avec Paris par exemple. J’ai entendu dire qu’en France pour les marchés publics, les graphistes sont soumis à des appels d’offre souvent peu rémunérés. À Londres, je ne suis pas confrontée à ça, les gens me contactent parce qu’ils connaissent déjà mon travail ou par recommendation. Pour autant, ça n’est pas facile – il faut énormément travailler et toujours maintenir un bon rapport avec les commanditaires, tout le monde se connaît. Tous les designers graphiques indépendants que je connais à Londres travaillent énormément, donc, je ne pense pas qu’on puisse parler de facilité, même pour les plus talentueux.

Y a-t-il eu un travail qui a particulièrement marqué votre parcours ? Pourquoi ?

Un des travaux qui a particulièrement marqué mon parcours est le design de l’identité visuelle pour l’Institut d’Art Contemporain. C’est extrêmement rare qu’un graphiste ‘interne’ se voit confier une telle commande avec un accord unanime en interne entre les équipes de direction, communication et les commissaires d’exposition. Cela fait partie des commandes les plus prestigieuses (de mon point de vue) et des studios très connus sont habituellement mandatés pour réaliser ce genre de projet – ceci s’inscrit aussi dans une logique de capacité, de temps et de ressources car les équipes internes sont souvent petites et de ce fait, elles ne peuvent pas jongler sur les différents projets du moment, ainsi qu’un projet aussi gros, de nouvelle identité visuelle. Ce travail a marqué mon parcours notamment parce que l’identité est, encore aujourd’hui, reconnue et, que 6 ans plus tard, elle est toujours en application, ce qui est relativement rare et une belle démonstration de son succès.

Vous prônez une approche “Less is More” ? Qu’apporte pour vous la simplicité graphique et quelles sont vos influences ?

J’aime quand les choses sont claires et immédiates, accessibles. Pour moi la simplicité c’est une forme d’authenticité, de dialogue sans détour et sans camouflage, un véhicule pour la compréhension et la lecture du message.

J’ai des influences variées qui comptent aussi bien les créations psychédéliques de Hapshash and the Coloured Coat, mais aussi Ikko Tanaka, Herb Lubalin, Josef Müller-Brockmann, Bridget Riley, le pop art pour en citer quelques unes.

Comment jonglez-vous entre travaux de commande, projets personnels et enseignements ? Et comment faites vous le lien entre ces différentes activités ?

Je n’enseigne plus pour l’instant. J’ai donné une conférence récemment å Leeds dans une Université et j’ai été jury dans plusieurs compétitions de graphisme. Je souhaite me concentrer sur le développement de ma pratique, de mes projets et de collaborations et profiter de mon temps libre pour mettre en place mon atelier / studio. Je n’exclus pas la possibilité d’enseigner à nouveau dans le futur en France, en Angleterre ou ailleurs.

Pouvez-vous nous citer quelques endroits à Londres qui nourrissent votre inspiration ?

J’aime beaucoup la galerie Raven Row dans l’Epst de Londres, la Photographers’ Gallery près d’Oxford Circus, Tate Modern, le Barbican pour son architecture et ses trottoirs aériens, Hampstead Heath et Regents Canal pour déconnecter et pour terminer je suis une fan inconditionnelle du East London Printmakers ou j’ai fait deux résidences en sérigraphie et dont je sors a chaque fois très inspirée du fait des rencontres, des horizons et pratiques très diverses des artistes y travaillant.

Quels sont vos activités favorites à côté de votre profession ?

J’aime lire, marcher, peindre, bricoler, sérigraphier, voyager, manger.

Pouvez-vous nous dire vos lectures du moment ?

Je lis Exercice de style de Raymond Queneau et je lis Ne Jamais Faire Confiance à un chef Italien Trop Mince de Massimo Bottura, publié par Phaidon.

Que peut-on vous souhaiter pour l’avenir ?

Un grand atelier / espace de création, une maison, des vacances, beaucoup de bonheur, des résidences graphiques et artistiques, de belles commandes, de belles rencontres et découverte, des surprises 🙂

http://sarahboris.com

instagram et twitter : @sarahboris_LDN

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