Scopitone 2019 : l’art numérique catalyseur du design

Temps fort de la rentrée, le festival Scopitone offre chaque année son lot de découvertes visuelles et sonores. La promesse semble tenue pour cette 18e édition élargie à 10 jours et délocalisée exceptionnellement dans un nouveau lieu, l’ancien Marché d’Interêt National de Nantes. En investissant ainsi cette immense friche urbaine avant sa démolition, Scopitone réunit pour la première fois la totalité de sa programmation dans un même espace, incitant alors au dialogue entre les oeuvres, les disciplines et les visiteurs.

Scopitone 2019 étapes
Sebastian Wolf & Michael Kugler – Brume
Scopitone 2019 étapes
Vincent Leroy – Stone Age


Parmi les 17 artistes exposés cette année, quelques-uns d’entre-eux ont aussi une pratique de designer. Le studio français Chevalvert, qui oscille entre design graphique et créations d’installations digitales, les Allemands Onformative, dont les travaux explorent les limites de l’art, du design et de la technologie ou Vincent Leroy, artiste cinétique et designer, tous y exposent des oeuvres faisant écho à leur pratique de designers.

Ainsi, même si leurs buts et enjeux diffèrent, les deux disciplines trouvent chez ces artistes une certaine complémentarité. Pour Andreas Lutz, artiste allemand dont l’oeuvre Offset XYZ s’inspire des travaux scientifiques de l’architecte américain Richard Buckminster Fuller, la pensée et la méthodologie du design et de l’architecture permettent de penser plus rigoureusement la technique et le rapport à la contrainte. Une oeuvre d’art numérique se matérialise physiquement dans une installation audio-visuelle et requiert alors une connaissance des matériaux et des techniques, domaines avec lesquels le design est en étroite relation. De plus, une oeuvre d’art numérique est bien souvent soumise à des contraintes de temps et de budget, aspects auxquels le designer doit sans cesse faire face.

Scopitone 2019 étapes
Andreas Lutz – Offset XYZ
Scopitone 2019 étapes
Hovver – Liminal Scope


D’une autre façon, le caractère exploratoire de l’art numérique peut se répercuter sur la pratique du designer. Pour le studio Onformative, la possibilité offerte par l’art numérique de se concentrer principalement sur le concept et l’expression visuelle, permet une production de connaissances bénéfique au design. Leur oeuvre présentée à Scopitone, Meandering River, utilise les datas récoltées par l’analyse des comportements de l’eau lors de la formation d’une rivière et de ses effets sur son environnement. Ces données ont alors permis la création d’un système algorithmique reproduisant les comportements naturels. Ainsi, des phénomènes invisibles à la perception humaine sont mis en lumière, créant de nouvelles connaissances, de nouvelles inspirations et de nouvelles perspectives plastiques révélées par le travail de codage.

Scopitone 2019 étapes
Onformative – Meandering River


C’est cette dimension plastique du code qui intéresse également le studio français Chevalvert. En parallèle à leur activité de design graphique, Stephane Buellet et Patrick Paleta créent des installations numériques faisant le lien entre objets, espace et graphisme. Elles leur donnent alors la possibilité de réaliser des recherches sur des systèmes interactifs et génératifs, travaux qui se répercutent directement sur leur pratique de graphiste. En effet, Chevalvert travaille actuellement au développement d’outils génératifs utilisant les potentialités interactives et algorithmiques du numérique pour créer un design s’affranchissant des codes graphiques purement numériques.

Avec Bassins de lumière, leur oeuvre présentée à Scopitone, Chevalvert offre au public nantais « une exploration spatio-temporelle des données urbaines ». En combinant une approche sensitive et analytique basée sur des datas récoltées par le CRENAU, ils matérialisent de manière poétique la luminosité naturelle de 80 endroits de la ville de Nantes. Grâce à une stelle lumineuse et une application, ils invitent le spectateur à un voyage immobile, lui permettant de prendre conscience de la relation qu’une ville a avec la lumière, et de fait, avec le soleil. Chevalvert transforme ainsi des données brutes en données sensibles, permettant alors la production de sens par le spectateur.

Scopitone 2019 étapes
Chevalvert – Bassins de lumière


En travaillant sur la relation entre le public, l’oeuvre et le concepteur ainsi qu’en agissant sur le système lui-même, Chevalvert ouvre la voie au design de systèmes. Ils placent le designer non pas dans une relation de passivité face aux outils de conception numérique, mais le font agir dans le sens d’une prise en main et d’une autonomie face à ces nouveaux outils. Et c’est ainsi qu’ils font dialoguer art numérique et design.

Le festival Scopitone aura lieu du 12 au 22 septembre à l’ancien Marché d’Interêt National de Nantes. Il réunira 17 oeuvres d’arts numériques, plusieurs soirées de concerts et des discussions sur les cultures numériques et électroniques.  

Ancien Marché d’Interêt National de Nantes, 58 Boulevard Gustave Roch, Île de Nantes, Nantes

Plus d’informations sur Scoptitone 2019 et sa programmation.

Cet article est le fruit d’interviews réalisés avec Stephane Buellet, Onformative, Andreas Lutz, Sebastian Wolf, Hovver et Vincent Leroy. Nous les remercions pour leur collaboration. 

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