Shaina Garfield Leaves étapes:

Shaina Garfield designe la mort avec un cercueil biodégradable

Le festival Design Indaba, porté par la devise « a better world through creativity », s’est déroulé à Cape Town du 27 février au 1er mars dernier. L’équipe d’étapes: y était et vous propose une sélection de projets, témoignant de la profusion créative et de l’éclectisme de l’évènement.

Shaina Garfield, tout juste diplômée en design industriel et développement durable, cultive une création à l’intersection de l’environnementalisme, du handicap et du bien-être. Avec Leaves, elle se confie à étapes: et livre sa conception d’un design engagé et inclusif.



Leaves est un objet de design qui pense la mort sous un nouveau jour.

Leaves est un cercueil conçu entièrement de cordes à entrelacer. Un lieu de repos qui transforme la mort en une vie nouvelle. Une fois le corps enterré, le cordage incrusté de spores accélère le processus de décomposition. Les champignons absorbent les toxines du corps, de sorte que seul les nutriments, tels que l’oxygène et l’azote, pénètrent dans le sol. Leaves, en rendant le corps à la terre, annihile la doctrine de l’human exceptionalism : la croyance que l’humain est par essence différent et supérieur aux autres êtres vivants.

Comment vous êtes venue l’idée d’un cercueil biodégradable, qui amène à considérer à la fois notre rapport à la Terre et aux rituels de mort ?

J’ai pensé Leaves lors mon dernier semestre universitaire. Mes designs précédents portaient sur l’accessibilité. Cette fois-ci, j’ai voulu parler de ma relation personnelle à la Terre et de guérison. À ce même moment, se déroulait la sixième extinction de masse. L’idée que notre propre espèce perpétue la mort d’innombrables autres êtres vivants m’a ramené à l’époque où j’ai fait face à ma propre mortalité. Il y a quatre ans, j’ai été diagnostiqué malade chronique de Lyme. Cette expérience est longtemps restée enfouie en moi. Je l’ai exorcisé dans l’élaboration de Leaves.


Shaina Garfield Leaves étapes:

En tant que designer en situation de handicap, vous avez choisi de cultiver un engagement en faveur d’un design accessible et inclusif. Que pensez-vous du design d’aujourd’hui ?

Il y a un grand changement qui est en train de s’opérer dans le monde du design. De plus en plus de créatifs se concentrent sur l’accessibilité et l’inclusion. Ce changement est attendu depuis longtemps, mais il reste tellement à faire. Des objets de design sont enfin conçus pour les personnes en situation de handicap, mais seulement pour deux raisons : le renouveau créatif qu’elles inspirent et la pitié qu’elles suscitent. Je pense que nombreux sont les designs créés dans le seul but de réparer ces personnes. Elles ne sont pas cassées. Il faut simplement prendre en compte les spécificités de leurs handicaps et y répondre. Il y a une nouvelle vague d’activistes en situation de handicap qu’il faut écouter. Je pense que l’objectif majeur du design est de montrer à la société que ces personnes ne sont pas des fardeaux et que nous ne devons pas les plaindre. Beaucoup d’aspects de mon travail consistent à servir les handicaps pour contribuer à un monde plus sain et inclusif. J’ai à cœur de montrer que les histoires et les points de vue de ces personnes doivent être respectés, célébrés et pris en compte dans les processus de conception.

Fait de cordes à entrelacer et à nouer, Leaves est un cercueil que la famille et les amis peuvent fabriquer par eux-même.

Leaves est inspiré par les cultures qui, à travers le monde, s’impliquent de façon incroyable dans les rituels de mort. Ce cercueil explore les méthodes de thérapie par l’art en encourageant les personnes endeuillées à faire partie intégrante de sa fabrication via les techniques du macramé. Tisser et nouer ces cordes est un moment de présence qui laisse libre cours aux émotions et à la méditation. Ces gestes invitent à l’apaisement ou tout du moins, à des instants d’accalmie. L’importance du rituel dans la fabrication de Leaves se vit comme une pause pour s’abandonner pleinement à son chagrin. Se donner le temps de pleurer, pour trouver la guérison et l’acceptation.


Shaina Garfield Leaves étapes:

Est-il légalement possible d’introduire Leaves sur le marché états-unien comme une nouvelle pratique d’inhumation ?

Les lois sur l’enterrement aux États-Unis varient d’un État à l’autre en ce qui concerne le lieu et la façon d’enterrer. Cependant, le plus gros obstacle à l’introduction de Leaves est dû à l’industrie funéraire qui prédomine et aux comportements sociétaux. Pour ces raisons, ce projet est tout aussi conceptuel que réaliste. Je veux continuer à développer Leaves et tenter de le commercialiser, mais pour le moment, je suis heureuse de la pluralité des conversations qu’il a ouvert. De plus en plus de créatifs commencent à composer autour de la thématique de la mort. Pourtant, je pense que l’objectif principal est de donner l’opportunité à tous de devenir l’acteur de son propre cycle de vie. Il est important de pouvoir décider, en toute connaissance de cause, du devenir de nos corps et de ce fait, de son impact sur la Terre. Plus nous aurons cette conversation, plus il sera possible d’accepter des designs comme Leaves et toute autre pratique de mort alternative.

Pourquoi la thématique de la mort doit être un sujet du design ?

À l’école, j’ai étudié l’élaboration d’un cycle de vie durable pour un produit. Aujourd’hui, ce qui m’intéresse le plus est de conceptualiser celui de l’existence humaine. Le changement climatique devient, je l’espère, une des préoccupations principales dans l’esprit des designers. Il est primordial de commencer par réfléchir à nos comportements et les réévaluer avant de concevoir un produit, un bâtiment ou tout autre objet. Dès lors, la mort devient naturellement une thématique à considérer puisque chaque être vivant en fait l’expérience. La designer m’a permis de me connecter plus facilement aux autres et à leurs cultures.

Les designers modélisent le monde, ses représentations et sa praticabilité. Quel rôle doit revêtir le design ?

Ma nouvelle façon d’explorer le design consiste à célébrer les gens, tous les êtres sans exception, et la Terre. Si les designers commençaient à embrasser les choses déjà si belles et étonnantes que ce monde a à leur offrir, alors nous pourrions créer pour influencer le monde plus positivement. Auparavant, je me concentrais sur la résolution de problèmes complexes, mais maintenant, j’ai décidé de célébrer ce qui existe déjà et je constate que mon travail a plus de portée qu’avant. C’est cette approche que j’ai cultivée avec Leaves et je suis enthousiaste à l’idée de l’approfondir davantage.

Et vos projets parallèles ?

Mes projets et loisirs résultent tous de mon parcours de guérison avec la maladie de Lyme. Raconter mon histoire et ma vérité de différentes manières me permet de guérir, et donc, de guérir d’autres aussi. Actuellement, je développe ma compagnie de bijoux. Ces objets colorés sont la vitrine de ma quête de joie et de rémission. Quand je ne m’affaire pas au design, je travaille dans un marché d’agriculture locale ou je pratique le yoga Kundalini. Bien qu’il y ait beaucoup de projets différents dans ma vie, des cercueils aux bijoux, tous ont un lien à la Terre et à mon chemin personnel vers la guérison.

Je ne me serais jamais doutée que le travail de ma vie serait consacré à la mort.


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