Swindler & Swindler : du talent et beaucoup d’acharnement !

Rémy Boiré et Margot Reverdy font partie de cette nouvelle génération d’illustrateurs talentueux, qui se sont fait une petite place dans un univers très complexe. Passion et patience, les ont conduit à tracer leur propre chemin et aujourd’hui, les deux grenoblois s’associent et annoncent le lancement du studio Swindler & Swindler.

Un parcours fait main, par ces deux grenoblois, plein d’audace. Depuis deux mois et demi, ils démontrent à la fois leur capacité à puiser l’inspiration dans les techniques du passé, tout en les diffusant largement via les médias sociaux. À l’occasion de l’exposition Dream On, à laquelle le studio a pris part au Tiny Café (à proximité de Bastille), nous avons rencontré Margot et Rémy.

Pour suivre Swindler & Swindler :
http://swindlerandswindler.com
http://remyboire.fr



Pouvez-vous présentez ?

Margot : Je m’appelle Margot Reverdy, je suis issue d’une formation en Arts appliqués, spécialisé en design de produits. J’ai toujours beaucoup dessiné et d’ailleurs au cours de mon mémoire de master, j’ai beaucoup évoqué la question du tatouage. Malgré cette passion, je ne me suis jamais vraiment permise de me dire que j’allais devenir illustratrice.
Il y a peu près un an, Rémy m’a proposé de faire une première collaboration sur une expo et ça m’a beaucoup plu. On a enchainé sur une deuxième collab’ et depuis je ne suis jamais repartie. On a donc décidé, il y a deux mois et demi de créer notre studio, Swindlers & Swindlers.

Rémy : Moi, c’est Rémy Boiré, et depuis deux ans je fais du lettering à mon compte. J’ai voulu monter ce studio avec Margot pour, petit à petit, laisser tomber le lettering solo. Ces dernières années, la typo a pris énormément d’ampleur et c’est vrai qu’en créant le studio, on avait envie d’aller un peu plus loin que la tendance. Rentrer pleinement dans l’illustration.

Margot : On a deux univers totalement différents. Lui, il est très droit, vise la perfection dans le détail, parce que la typo exige une perfection et une rigueur particulière. Moi, je suis plus dans la liberté. On espère que les deux ensembles vont former un super combo, une belle complémentarité.

Illustrateur est un des rares métiers où tu dois travailler gratuitement pour espérer avoir du travail.

Vous parliez de ce rêve inavoué d’être illustrateur, comment passe t-on le cap pour se lancer ?

Rémy : Après mon BTS en communication visuelle, j’ai tout de suite commencé à bosser. D’abord dans une imprimerie d’étiquettes adhésives, puis en agence. À chaque fois, je suis parti assez vite parce que ça ne me convenait pas. Ces expériences m’ont poussées vers le freelance.

Margot : Se lancer seule c’est quand même super difficile, il faut avoir beaucoup de courage. Quand on sort de l’école, il faut partir de l’idée qu’au début, on ne va rien gagner et énormément bosser.

Rémy : C’est vrai, c’est un des rares métiers où tu dois travailler gratuitement pour espérer avoir du travail.

Margot : Je pense que si j’avais été toute seule je ne l’aurais pas fait. Le fait d’être à deux permet de se motiver et de garder la foi. Il faut juste pas lâcher le truc. Pour passer le cap il faut un peu de talent, mais surtout beaucoup d’acharnement.

Pourquoi ce nom Swindler & Swindler ?

Margot : Swindler ça veut dire faussaire en anglais. Le nom vient d’un brainstorming qu’on a fait tous les deux. On a commencé par regarder les choses que l’on aimait, et il s’avère qu’on a une passion commune pour les anciennes factures, les vieilles gravures, les bons du trésor… Quand on nous a demandé de participer à l’exposition au Tiny Café à Bastille, on a voulu développer des créations autour de cet univers, et on s’est dit que ça serait assez amusant et tordu de vendre des choses qui sont invendables. Tout ce que la société souhaite vendre, mais qui en réalité ne se vend pas. Des bons sentiments comme l’empathie, l’honnêteté, l’indulgence ou encore le respect. À partir de ça, on s’est dit que si des personnes étaient capables de payer pour ces qualités non monnayables, alors on était quelque part des faussaires, mais dans le bon sens du terme, attention. C’est de l’humour sarcastique.

Rémy : D’un point de vue moins tordu, Swindler & Swindler parce qu’on est deux et que ça sonne bien. C’est aussi un pied de nez à Stranger & Stranger, une agence de packaging qu’on admire.




Vous avez déjà commencé certains projets ?

Rémy : Le premier projet, c’est l’expo qu’on vient de présenter. C’est un gros travail, sur lequel il y a bien une centaine d’heures passées sur chaque dessin. Pour la suite, on va essayé de faire des séries sur des formats différents et de chacun peaufiner nos univers afin de faire évoluer notre univers commun. L’objectif n’est pas de faire que de la typo avec des fleurs. On aimerait être relativement libres de l’esthétique et du support.

Margot : Des projets, on en a quinze. On y va à notre rythme. Comme moi je viens du design d’objet, j’ai aussi envie de raccorder cet univers en faisant des créations pour des luminaires, de la céramique, du bois. On n’a pas envie de se mettre des barrières. On est tout jeunes, puisqu’on a commencé il y a deux mois, donc on laisse aussi les choses venir.

Allez-vous continuer vos projets personnels à coté du studio ?

Margot : Sûrement, mais il va falloir être vigilant à ce que ces projets persos ne prennent pas trop d’ampleur. Il faut au maximum tenir notre ligne directrice et ne pas s’en écarter.

Rémy : On a vraiment envie de faire notre activité sans concession. Mon évolution dans le lettering m’a parfois dérangé parce qu’on m’a souvent demandé des choses qui ne me correspondaient pas, juste parce que la typo est très tendance. Je veux, avec le studio, me dégager petit à petit de tout ça et avoir une direction artistique plus sévère.



Comment percevez-vous le retour du fait main actuel ?

Rémy : Le phénomène est là, c’est sûr, mais on ne se pose pas vraiment la question. Nous on pratique par passion , par conviction, même si le mot peut paraître un peu fort.

Margot : Oui, c’est naturel, on est fait pour ou non. Moi j’aime passer des centaines d’heures à dessiner à la main, sans que ça me dérange. Il faut aussi aimer ce côté besogneux.

Rémy : C’est sûr que travailler sur du papier est complètement différent que sur l’ordinateur. Les mouvements du corps, du bras retranscrivent l’idée que tu as en tête. Sur ordi, la démarche est plus statique.
Après par rapport à la tendance, je pense qu’il faut aussi distinguer le fait à la main et l’esthétique fait main. Nous, on fait nos créations à la main, mais on ne cherche pas forcément à ce que cela se perçoive dans le rendu. On me demande d’ailleurs souvent si mes créas sont dessinées à l’ordi.
Mais, oui, il y a ce retour à l’esthétique fait main, dans laquelle on travaille vachement les textures, à donner une chaleur humaine aux tracés. Mais majoritairement ce type de travail se fait en fait via le numérique.

on entame deux ou trois créations en même temps et on se les échange

Comment construisez-vous vos images ?

Margot : Pour l’expo, on a fait 5 formats A3 réalisés en l’espace de deux mois. Donc, la première chose, c’est beaucoup de temps, une centaine d’heures par œuvre. Au niveau de l’organisation. Rémy s’occupe du Lettering, moi de l’ornementation florale. Ensuite toute la compo, on la monte à deux.

Rémy : C’est un peu une partie de ping-pong. Comme il est difficile de travailler à deux en même temps sur un format type A3, sans se gêner, on entame deux ou trois créations en même temps et on se les échange continuellement pour avancer.

Quelles sont vos inspirations ?

Rémy : Tous les deux, on a plutôt des inspirations XIXeme et début XXeme siècle. On aime beaucoup le travail tel qu’il était fait à cette époque. Nos inspirations vont être des vieux certificats, des diplômes. Si tu regardes les diplômes d’Harvard dans les années 1920-1930, ça n’a plus rien à voir avec aujourd’hui. Les mecs passaient des heures et des heures sur des gravures. Aujourd’hui avec tous les outils dont on dispose, on arrive même pas à recréer cette finesse. Donc on a toute une collection de vieilles factures, des trucs de charcutiers, de boulangers, des illustrations puisées dans les vieux corps de métiers. Après, quand je commence à dessiner les lettres, je vais vraiment chercher à aller dans le détail, à travailler les empattements, les graisses.

Margot : Il y a aussi beaucoup de feeling.

Y a-t-il beaucoup d’essais avant d’atteindre le résultat final ?

Rémy : Oui, quand même. Pour la typo, je travaille beaucoup à la table lumineuse. J’y passe énormément de temps. Sur une typo je peux passer une journée rien qu’à caler le mot. Généralement, je fais un premier croquis d’ensemble, puis après je reprends à la table lumineuse et je retrace toutes les lettres. Ensuite je fais un certain nombre de modifications, puis
une fois que tout ça est fait j’ajuste mon kerning, pour que l’espacement entre les lettres soit correct.

Margot : Entre temps, il faut aussi que la typo aille avec le reste, avec l’ambiance. Il y a tout un jeu de recherches. Pour les décors, ça se passe beaucoup dans ma tête. J’achète beaucoup de fleurs et après je fais un mix de ces compositions naturelles. J’en fais un crobard de départ puis je me lance.

Faire des making-of, communiquer sur les réseaux sociaux, est-ce que le process est aussi important que le résultat ?

Margot : Disons que ça permet au gens de rentrer dans le process, dans l’univers, de se sentir touché par ce qu’on fait. C’est important de ne pas être froid et de juste livrer le spectateur au résultat final. Ça peut permettre de mieux comprendre l’ensemble, de déceler la finesse du travail, l’acharnement, l’amour, le temps qu’on y a mis.
Après, communiquer fait aussi partie du job, parfois même trop. Aujourd’hui, quand on fait de l’illustration, il faut aussi savoir poster sur les réseaux, animer un blog.



Rémy : En fait, c’est à la fois une contrainte et un plaisir. Ça permet de toucher beaucoup de monde, mais ça n’apporte que très peu d’échanges sur la qualité de notre travail.
Après en terme de visibilité, c’est très intéressant. Les réseaux sociaux permettent un fonctionnement professionnel différent où l’illustrateur n’est plus obligé de démarcher directement pour choper de nouveaux boulots.
Moi j’ai toujours fonctionné avec les RS, parce que je trouve que la relation avec le client n’est pas la même. Quand il vient de lui-même parce qu’il t’a repéré sur Instagram, il a en général compris ton univers, et sait pourquoi il te choisit. ça change beaucoup de choses dans l’approche du travail.

La suite idéale ?

Rémy : On tient à préserver un équilibre entre la commande et notre activité artistique. Les deux sont indissociables.

Margot : On a déjà beaucoup de projets en tête, si on les réalise tous, ça sera déjà bien. On a envie de toucher un peu à tout, de faire de l’objet de la sculpture. Tout ça au travers de l’édition ou de l’exposition. Prochainement, il y aura de la sérigraphie.

Propos recueillis par Charles Loyer

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