Talents en Action : en excursion avec Léa Morichon


Talents en Action part à la rencontre de la jeune génération de créatifs français et les disciplines du design graphique. Une rubrique en partenariat avec Adobe. Retrouvez les travaux de Léa Morichon dans le n°257 d’étapes:.


Designer de formation, Léa Morichon s’adonne désormais à l’illustration. Entre commandes et projets personnels elle développe un style tout en courbes et couleurs douces. Ses images sont une célébration de la nature et de l’oisiveté, une ode à la planète et aux visages bigarrés. Renouant avec les thèmes d’Art & Craft, elles traversent les notions d’humanisme, d’artisanat, et de contemplation de la nature. Lors d’une matinée pluvieuse du début d’automne, la bretonne nous accueillait dans son appartement rennais. L’occasion d’évoquer son passage à l’illustration, sa passion pour les affichistes des années 1920 et son voyage à Lanzarote, île à l’origine de sa création pour Talents en Action.


Avant de te lancer dans l’illustration, tu as été directrice artistique dans le luxe. Peux-tu nous raconter ton parcours et ce qui t’a amené à te lancer en freelance ?

Ayant travaillé plusieurs années dans l’industrie du luxe, d’abord chez Cartier au département des éditions puis à Londres dans une agence de design en tant que designer, j’ai rapidement ressenti un besoin impérieux de retourner au dessin.

Ce qui a caractérisé mon travail de designer pendant plusieurs années était à l’image de ma vie citadine dans des métropoles comme Paris ou Londres : rapidité du processus créatif, individualité gommée, froideur relative et distance qu’imposent les outils numériques. J’ai vite ressenti le besoin de revenir à une pratique plus naturelle et sensible. J’ai donc décidé de réaliser des illustrations à la peinture et de me mettre à mon compte.

Ballon Bleu, couverture Charles Burns, imprimé par Nava Press Milano, avril 2007 ©Cartier ©Glen Baxter ©Floc’h, 175-176 New Bond Street 


Tes inspirations sont assez variées mais on note un amour certain pour les affichistes des années 1920/1930. Lesquels ? Qu’est-ce qui te fascine chez eux ?

Oui complètement. Je viens du design graphique au départ. Ma culture visuelle s’est construite avec des affichistes comme Bernard Villemot, ou Raymond Savignac. C’est très enrichissant de s’intéresser à l’efficacité de leurs oeuvres, ou comment par de simples traits et des jeux de couleurs ils nous donnent de l’émotion dans un contexte de réclame publicitaire.

Le travail de Roger Broders est également fascinant, de part ses teintes contrastées mais aussi pour ses compositions qui invitent immédiatement au voyage. Regarder ses images c’est presque lire une recette graphique en trois plans : au premier plan à droite et à gauche, ont trouve souvent des végétaux, au deuxième les personnages et le coeur de l’action, puis vient le troisième plan qui offre un horizon. C’est une excellente leçon de composition.

Affiches de Roger Broders pour la PLM


Parmi tes contemporains, y-en-a-t-il dont tu admires le travail ?

Les créations de Jean Jullien pour son trait efficace et son humour, Elke Foltz pour son génie des couleurs et des matières, Isabelle Feliu pour la douceur de son univers, Beya Rebaï pour sa palette, Kyutae Lee pour sa poésie, Mügluck pour sa fascination par l’esthétisme du début du vingtième siècle et la Provence, Marylou Faure pour son côté pop… Je m’arrête là car la liste est trop longue.

Tu dis être également influencée par des peintres modernes comme Matisse ou Pierre Boncompain et notamment son travail sur la lumière. Peux-tu nous expliquer le rôle de la lumière dans tes œuvres ?

La lumière c’est la couleur, c’est ce qui donne vie à une image. Elle permet de capter le regard afin de donner du contraste et de la profondeur. C’est finalement ce qui rapproche une image du réel.

À gauche : Cabana Magazine, Issue seven, spring/summer 2017 / covers by Burberry inspired by Henry Moore drawings and graphics
À droite : La mer s’affiche, Daniel Hillion, Editions Ouest-France


Dans tes illustrations, on voit beaucoup de visages bariolés, de couleurs de peau différentes. D’après toi, quel rôle l’illustration peut avoir à jouer en montrant cette diversité ?

J’avoue ne même pas y penser quand je compose car à mon sens c’est évident, de façon très naïve : la question ne se pose pas. Mais en effet, cette diversité n’est pas du tout acquise. Par exemple, j’ai déjà été confrontée à un client américain qui m’a demandé de blanchir mes figures, j’ai été très choquée de cette réaction. Depuis j’accentue encore plus la diversité de mes personnages.   

Couverture du magazine Le Prescripteur, Juillet 2020, ©Léa Morichon


Le voyage, l’évasion, sont une composante importante de ton travail. Pour Talents en Action, tu nous as justement gratifiés d’un paysage de l’île de Lanzarote dans les Canaris. Quelles ont été tes impressions de ce voyage ?

Lanzarote me fait penser à une trouée de Titan, elle est mystérieuse et complexe, ses paysages ne sont que déserts de volcans. L’île est recouverte de sable noir ce qui donne une sourde richesse à chaque chose. Les végétaux aux couleurs profondes et les maisons blanches sont comme éclatants, les bruns virent aux roses les verts deviennent bleus. Il y a sur cette terre une sorte de vérité minérale. L’artiste César Manrique était d’ailleurs fasciné pas les contrastes de son Île, il lui a dédié la moitié de sa vie et un jardin extraordinaire de cactus. Sa maison est une oeuvre à part entière, sublime.

À gauche : Jan Auvigne
À droite : Balkrishna Doshi architecture for the people, published by the Vitra Museum and Wüstenrot Foundation ©Mateo Kries, Khushnu Panthaki, Jolanthe Kugler 


On décèle l’utilisation de plusieurs techniques dans tes créations. Laquelle affectionnes-tu le plus et pour quelles raisons ?

La gouache. J’aime la densité des couleurs et l’aspect velouté qu’elle apporte.

À quel moment le numérique intervient-il dans ton processus de création ?

Photoshop est le seul logiciel que j’utilise. Parfois, il me sert à réaliser des esquisses avec des collages de couleurs ou des matières sous forme de scan… Il est très intéressant pour l’expérimentation, déplacer des calques ou changer d’échelle.



La Graciosa, Lanzarote par Léa Morichon

Dans ce numéro, étapes s’associe à Léa Morichon pour concevoir une création originale à partir des logiciels Adobe Creative Cloud. Nous avons demandé à Léa Morichon de réaliser une création sur le thème « Handmade Humanism », une des Tendances Visuelles 2020 d’Adobe.

Découvrir les dessous de la création de La Gracioza, Lanzarote


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