Talents en Action : en plongée avec GeneralPublic


Talents en Action part à la rencontre de la jeune génération de créatifs français et les disciplines du design graphique. Une rubrique en partenariat avec Adobe. Retrouvez les travaux de GeneralPublic dans le n°255 d’étapes:.


À la tête de GeneralPublic, Mathilde Lesueur et Jérémie Harper expérimentent les formes et l’espace en deux dimensions. Le duo œuvre autant dans l’affiche que dans un travail éditorial, à la manière de cinéastes, jouant avec les échelles, les champs et les contrechamps, pour accoucher de compositions immédiates et communicatives. Pour Talents en action, ils nous ont reçu dans leurs bureaux du 11e arrondissement, entre des livres d’art, des monographies de cinéastes et les nombreuses éditions qu’ils ont créé au fil des ans.


Comment naissent vos idées en général ?

Mathilde : En parlant entre nous, en marchant dans la rue, sous la douche, en dormant… 

Jérémie : Beaucoup en dormant ! Pour ma part, je garde toujours un carnet à côté de mon lit pour pouvoir fixer une idée qui passe et qui pourrait m’échapper le lendemain. Mais ces idées là sont assez aléatoires. Sur les projets c’est vraiment par la discussion qu’on fait monter des envies ou des solutions. Le travail en général c’est surtout d’arriver à discerner les bonnes idées des idées pas si bonnes.

Comment les nourrissez-vous ?

M : On regarde ce qui se fait autour de nous, on essaie d’être ouverts et curieux. De façon plus générale, on se rend compte que les idées viennent aussi quand on arrive à prendre du recul sur un projet, qu’on a le temps de voir des films, des expos, de sortir la tête du projet. 

J : On découvre plein de choses sur les blogs ou sur Instagram, c’est très stimulant, ça fait vite avancer. On voit des tendances nouvelles assez passionnantes se dégager. Pour autant, on se pose aussi toujours la question de ce qu’il en restera dans 10 ans et on préfèrera toujours s’appuyer sur les valeurs sûres validées par le temps.

Direction artistique, identité visuelle, édition & signalétique pour la collection de mobilier Love par Pierre Yovanovitch


Devant un client, vous êtes plutôt multipistes ou piste unique ?

J : Nous ne sommes pas dogmatiques sur cette question. On ne prévient jamais à l’avance du nombre de pistes que l’on propose. Selon le type de client, ne proposer qu’une piste unique peut être mal reçu car beaucoup de commanditaires ont besoin de comparer pour se rendre compte qu’une piste est plus juste qu’une autre. Il y a aussi un vrai désir de s’impliquer, de pouvoir se positionner et faire des choix. 
Pourtant, on a parfois l’impression d’avoir une vision très claire de la réponse à proposer et on préfère ne pas présenter des pistes qui nous semblent moins intéressantes. On essaye alors de donner quand même du choix à travers les applications ou les couleurs. 

M : Dans ces cas là, on est plutôt multipistes très orientées !

à gauche : éditions et collages pour la revue allemande de cinéma Revolver
à droite : Love et cartes de voeux pour Pierre Yovanovitch
Couverture pour la collection Oops de Pierre Yovanovitch


Y-a-t-il des thèmes récurrents dans votre travail ? Ou qui vous inspirent plus que d’autres ?

J : Oui mais c’est plutôt malgré nous… On est tous les deux passionnés par le cinéma et assez boulimiques. Cela se ressent je crois dans certaines de nos productions ou de nos choix, comme la revue de cinéma Revolver dont nous assurons la direction artistique depuis quelques années.

Justement, dans vos travaux pour la revue Revolver, vous avez réalisé des collages. Quelles ont été vos sources iconographiques ? 

M : Revolver est un projet un peu à part qui concentre notre obsession de collecte et de classement de cinéphiles. Depuis le début de ce projet commencé en 2012, on rassemble des images des plans que l’on classe dans des bibliothèques. C’est devenu un réflexe. Comme on voit tous les deux beaucoup de films, les collections grossissent naturellement. Pour être certains d’entamer un numéro avec une collection suffisamment dense pour pouvoir faire des collages intéressants, on se fixe généralement sur une collection plusieurs mois à l’avance (la revue est publiée deux fois par an) ce qui permet de se concentrer sur un seul filtre lorsque l’on voit des films. 


Qu’avez-vous cherché à faire en utilisant ce procédé ?

M : C’est un pur plaisir de cinéphiles et de graphistes combinés. Faire dialoguer les films en collant des images ensemble. C’est une façon pour nous de faire quelque chose de tous les films que l’on voit, comme nous n’écrivons pas dessus. 

J : Notre première collection était les embrassades au cinéma. On en a rassemblé des centaines. En confrontant les images en champs / contrechamp, ou en collant deux moitiés de plans composés pareils, on crée de nouveaux couples de cinéma, des retrouvailles imaginaires. Voir Laura Dern prendre Gina Rowland dans ses bras par exemple, c’est chouette ! 

Captures d’écran de films réalisées pour la revue Revolver


En ce qui concerne la typographie comment orientez-vous vos choix ? Y-a-t-il des récurrences ?

M : Le milieu de la typo a beaucoup évolué ces dernières années. Les fonderies indépendantes se sont multipliées et c’est très stimulant et inspirant pour les designers graphiques. On essaie de suivre tout cela pour se renouveler, mais on a quand même des caractères de prédilections, des valeurs sûres, auxquels on revient régulièrement.

J : Nous sommes vraiment admiratifs des univers et des références que les designers typographiques arrivent à invoquer par le dessin de caractères. C’est une manière très subtile de faire passer un message, de s’adresser à un public ou de créer une identité. Cette discipline qui a parfois été perçue comme poussiéreuse est aujourd’hui largement décomplexée.

Dans nos projets, nous essayons souvent de jouer les contrastes, soit en utilisant des associations dissonantes, soit en appuyant l’architecture du projet sur la composition typographique. 

Collection de titrages de films


Cela fait plusieurs années que vous réalisez l’identité du salon d’art contemporain de Montrouge. Pouvez-vous nous parler de ce projet et de son évolution au fil des années ?

J : Nous concevons l’identité, le catalogue et la signalétique du salon de Montrouge conjointement avec l’Atelier Baudelaire. Le salon accueille de jeunes artistes qui utilisent des médiums qui vont de la peinture au numérique, en passant par l’installation, la vidéo ou la performance.  C’était déjà la 62e édition quand nous sommes arrivés, ce qui nous a semblé exceptionnel pour un salon d’art contemporain. L’utilisation du chiffre (qui augmente à chaque édition), comme support d’identité nous permet de souligner cette exception, sans privilégier un médium sur un autre.

Au fil des années, nous avons pu créer des identités uniques pour chaque édition, mais qui conservent les principes fondateurs : une forte présence de la couleur et ce chiffre monumental en volume. Il s’agit à chaque fois plus d’un objet hybride et mystérieux qui s’échappe du format que d’une image plate. 

Direction artistique, identité visuelle, édition, signalétique pour le Salon d’art contemporain de Montrouge avec Atelier Baudelaire


On observe un intérêt pour la matière et les formes organiques dans votre travail, quelque chose d’assez brut. D’où provient-il ?

J : Cela vient beaucoup de l’art et de l’artisanat. On aime le papier, les belles fabrications, les matériaux, la couleur. Le plus intéressant pour nous c’est de créer des tensions entre des éléments très simples. 

M : On préfère des dessins imparfaits où tout vibre plutôt que le tout numérique qui peut basculer dans une perfection assez froide.

A.R.Penck – Rites de Passage, édition par Philippe Millot


Il y a dans GP l’idée d’un graphisme grand public. Qu’est-ce qu’un graphisme grand public selon vous ?

M : C’est la traduction française de GeneralPublic. Grand Public car le graphisme et plus largement le design sont nécessaires partout. On essaye d’avoir la même exigence pour tous. Il n’y a pas que dans un certain domaine culturel qu’il y a des choses intéressantes à faire. 

Comment cette idée se manifeste-t-elle dans vos productions ?

J : Dans tous nos choix, on essaye de marcher sur un fil et de jouer avec les paradoxes. C’est à dire qu’on cherche toujours à être pointu mais pas excluant, qu’on essaye d’être contemporain mais durable, minimal mais pas austère… C’est aussi parfois de faire le choix de soutenir des projets parce qu’on a des valeurs communes, même si le budget est inexistant.

M : Cela passe aussi par l’envie d’entretenir une grande variété de clients, du plus petit au plus gros, du commerce de bouche local à l’industrie ferroviaire.

Sammlung, Christoph Kappeler par le studio Bonbon
En haut à gauche : Birds of Paradise – Costume As Cinematic Spectacle, édition par le Studio Laurenz Brunner
En haut à droite : Michel Blazy, Monographie, édition par Baldinger Vu-huu
En bas à gauche : A.R.Penck, Rites de Passage, édition par Philippe Millot
En bas à droite : Sammlung, Christoph Kappeler par le studio Bonbon


Pour qui aimeriez-vous travailler idéalement ?

M : On a beaucoup travaillé pour des client privés. Pour équilibrer les choses, on pourrait faire peut-être plus de projets pour les institutions culturelles qui sont souvent plus lourds mais ont plus d’ampleur dans le développement des supports de communication et le suivi dans le temps. 

J : On aurait plein d’idées pour la cinémathèque française.


Random par GeneralPublic

Dans ce numéro, Étapes s’associe à GeneralPublic pour concevoir une création originale à partir des logiciels Adobe Creative Cloud. Nous avons demandé à GeneralPublic de concevoir une création sur le thème « Art déco revisité », l’une des Tendances de Design 2020 d’Adobe Stock.

Découvrez le making-of de la création sur etapes.com

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