Typographe : Les enjeux d’un métier en pleine évolution

Une tribune de Jean-Michel Laurent, représentant d’Extensis France

Nouveaux outils, nouveaux usages : le numérique bouleverse le secteur de la création. Depuis la police de caractères dessinée sur fonte, aux bases de données en ligne, pas toujours légales, le métier de typographe change et se confronte aujourd’hui à de nouveaux enjeux.

Les typographes face aux compétences informatiques du web

Avant l’arrivée d’internet, les polices de caractères étaient dessinées à la main, et uniquement destinées à être imprimées. Le nombre de polices existantes était bien plus réduit qu’aujourd’hui. Une fois la police dessinée, il fallait la rendre utilisable pour plusieurs types de supports d’impression différents.

Aujourd’hui les typographes font face à de nouveaux enjeux, dont celui de la spécialisation.
Print et web présentent chacun des caractéristiques spécifiques. Pour l’un, le métier se concentre sur le dessin. Quant à l’autre, certaines compétences informatiques, comme l’apprentissage du code sont indispensables, pour rendre les polices de caractères compatibles aux formats web.

La démocratisation d’Internet a marqué un tournant dans le métier de typographe. Une police doit fonctionner sur tous les ordinateurs (Mac, PC, Linux) et intégrer toutes les ligatures. Des logiciels sont progressivement apparus pour faciliter le travail des typographes, et les affranchir du code : les outils informatiques gèrent encore aujourd’hui cette compatibilité multi-supports. Aujourd’hui, ils permettent de générer ces éléments de façon automatique une fois que les caractères ont été numérisés.

Du caractère d’art à un usage commercial

Si le digital a transformé l’ensemble des métiers de la création, il a également brouillé leurs frontières. En imposant de nouveaux outils et donc de nouveaux usages dans le métier, il a forcé les typographes à développer de nouvelles compétences pour rester attractifs sur le marché de l’emploi. C’est le cas, par exemple, des graphistes qui, aujourd’hui, ne se limitent plus à la PAO mais incorporent vidéo, typographie, photographie ou encore direction artistique dans leurs contrats, notamment pour répondre à la réalité d’un marché exigeant qui se veut pluridisciplinaire.

À l’inverse de personnalités issues de la publicité comme Andy Warhol dont les dessins iconiques se reconnaissent facilement, le typographe est un artiste de l’ombre. Si l’on connaît les polices Times New Roman ou Helvetica, et si des applications permettent aujourd’hui d’identifier une police via une simple photo, ceux qui les ont créées restent inconnus. C’est particulièrement vrai à l’heure où nombre d’entre elles sont accessibles sur le web et attirent un large public qui ignore l’identité de leur créateur ou la façon de les acquérir. Néanmoins, ces nouveaux enjeux ne se limitent pas aux particuliers : en 2010, Hadopi en a fait les frais en utilisant un logo avec une police vendue à France Télécom en 2000.

Ainsi, la logique d’achats d’une licence de typographie a drastiquement changé avec le digital. Alors qu’une licence d’utilisation est vendue pour un print, le web se place dans une autre logique, davantage commerciale : il s’agit d’acquérir une police pour attirer le public vers un contenu web. Le décompte des visiteurs uniques redistribue les cartes. Comme dans beaucoup d’autres métiers impactés par le digital, le constat est là : l’exigence du clic influence le choix des polices de caractères, leur production et donc leur diversité.

Pour survivre aux changements amenés par le web, le métier a dû s’adapter. Quel que soit le support, les polices de caractères ont conquis le monde de la publicité et de la communication en matérialisant visuellement l’empreinte d’une marque. Aujourd’hui, les polices se multiplient, et le web a changé la donne. Mais attention ! Tous les graphistes ne sont pas typographes, et inversement : c’est un métier qui existe depuis toujours et qui continuera à exister longtemps.

Suitcase Fusion développé par Extensis est un outil professionnel qui permet d’organiser vos polices par projet, par client ou selon le critère de votre choix que vous travaillez sous Mac Os ou en équipe sur un serveur. L’aperçu permet d’identifier rapidement la police la plus adéquate pour vos projets.

  • Laisser un commentaire

    Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

    News

    Design Indaba x IKEA

    Design Indaba x IKEA

    Preuve de l’émulation générée par  le festival Design Indaba, la collaboration née il y a deux ans au Cap entre IKEA et un groupe de créatifs africains, sera dévoilée lors de la prochaine édition du festival. Överallt, « tout le monde » en suédois, est une collection inspirée par les rituels urbains modernes et les processus de sociabilisation en Afrique, autour de la nourriture et la vie dans et en dehors de chez soi. La réflexion menée par les créatifs les a conduit à designer une série d’objets ayant pour thème le « salon urbain ». Chaque objet y a une fonction spécifique censée…

    Casio et le studio Ghibli célèbrent les 30 ans de Kiki la petite sorcière

    Kiki la petite sorcière a 30 ans. C’est un anniversaire qui se doit d’être fêté, et ça, Casio l’a bien compris. En collaboration avec le studio Ghibli, la célèbre marque de montres sort pour l’occasion une édition hommage. Sur un écran bleu nuit se détache le duo culte : Kiki et son acolyte Jiji. Film à succès avec plus de deux millions d’entrées lors de sa diffusion au Japon, c’est là-bas que la montre anniversaire sera vendue au prix de 126€.

    Au revoir à Tomi Ungerer

    Tomi Ungerer s’est éteint le 9 février dernier, à Cork où vit une partie de sa famille. Né à Strasbourg, il a produit des dessins par milliers, dont certains sont aujourd’hui exposés dans un musée qui lui est dédié, et qui se trouve dans la capitale alsacienne. Il a esquissé pour les petits comme pour les grands, des illustrations de livres (les Trois Brigands, Rufus…) ou des scènes érotiques, également conçu des affiches prônant la tolérance, la paix ou la liberté de la presse. Il a inspiré de nombreux dessinateurs et graphistes. Merci pour tout Tomi Ungerer ! image de…

    Emballages graphiques du studio Caterina Bianchini

    Si l’habit ne fait pas le moine, les design des boites cadeaux de la marque britannique Selfridges & Co nous en font en tout cas douter. Le studio Caterina Bianchini a fait d’un simple emballage de Noël un vrai objet de design. Ayant déjà travaillé pour Levi’s, Reebok, Diesel et Lush, le studio n’a eut de cesse de proposer d’audacieux graphismes. Il réitère l’expérience avec ces 4 illustrations colorées et géométriques et font de ces emballages cadeaux, un présent de plus.

    Flux

    Words We Love, la récréation d’Ibán Ramón

    Chaque mercredi, étapes et gràffica tirent le portrait d’un créatif de la scène espagnole ou française. Ibán Ramón est en Espagne un nom qu’on ne présente plus. Son travail, imaginé dans son petit studio à Valence, est connu au delà des frontières. Aujourd’hui, il échange avec Grafficà sur son dernier…

    Au revoir à Tomi Ungerer

    Tomi Ungerer s’est éteint le 9 février dernier, à Cork où vit une partie de sa famille. Né à Strasbourg, il a produit des dessins par milliers, dont certains sont aujourd’hui exposés dans un musée qui lui est dédié, et qui se trouve dans la capitale alsacienne. Il a esquissé…

  • Top news

    Design Indaba x IKEA

    Design Indaba x IKEA

    Preuve de l’émulation générée par  le festival Design Indaba, la collaboration née il y a deux ans au Cap entre IKEA et un groupe de créatifs africains, sera dévoilée lors de la prochaine édition du festival. Överallt, « tout le monde » en suédois, est une collection inspirée par les rituels urbains…

    Les sorties graphiques de février #2

    Expos, vernissages, festivals ou conférences, chaque semaine étapes: note pour vous dans l’agenda les évènements de la scène graphique et artistique. F.A.M.E, Film and Music Experience, à la Gaité Lyrique En cette fin de semaine et pendant tout le week-end, la Gaité Lyrique met cinéma et musique à l’honneur avec…

    Words We Love, la récréation d’Ibán Ramón

    Chaque mercredi, étapes et gràffica tirent le portrait d’un créatif de la scène espagnole ou française. Ibán Ramón est en Espagne un nom qu’on ne présente plus. Son travail, imaginé dans son petit studio à Valence, est connu au delà des frontières. Aujourd’hui, il échange avec Grafficà sur son dernier…