Visual Trends : retour sur la conférence autour des identités multiples

Image principale : Humanae, le Pantone humain de Angélica Dass

Pour donner à voir et à penser aux créatifs en 2018, autour de l’inspiration visuelle et conceptuelle, l’équipe d’Adobe a dégagé 6 tendances visuelles. La première table-ronde de l’année rassemblait un panel d’experts autour de la tendance « Identités Multiples », ou « The Fluid Self », pour aider les professionnels de la création à aborder ce thème dans leurs projets, et donner de nouvelles pistes de réflexion.

À partir de l’articulation d’une carte d’identité, nos spécialistes se sont interrogés sur l’évolution du concept même de l’identité, de la photographie à la date de naissance, en passant par le sexe, ou encore le nom. Orchestrés par Anaïs Montevecchi, médiatrice culturelle et spécialiste de l’art contemporain, l’échange s’est construit autour du photographe Benjamin Taguemont, le sociologue François de Singly, l’artiste Skall, la directrice artistique de Forever Yuki Baumgarten, et Stéphane Baril, le spécialiste de Creative Cloud. Tour à tour, ils ont analysé cette question en s’appuyant sur des travaux relevant l’incongruité de la norme. En a résulté les constats d’une volonté de sortir des cases, d’affirmer une identité multiple, non imposée mais choisie, et qui fait état de la diversité dans toute sa richesse.

La photographie, ou la notion d’identité par le physique

Nos spécialistes se sont d’abord intéressés à la photographie d’identité, qui entraîne inévitablement les notions de physique, et de canon de beauté, en s’inspirant des séries des photographes Corrine Mariaud et Valérie Belin.
« Fake I, real me » et « Black woman » traitent de la normalisation du physique grâce à la chirurgie esthétique, qui entraîne une homogénéisation des visages. Elles mettent en exergue le côté très fake de l’apparence finale, et s’interroge sur l’idée d’une typologie de canon universel.


L’exposition Fake I real me de Corinne Mariaud


Black woman III de Valérie Belin

Skall et Benjamin Taguemont sont revenus sur la série Humanae, de Angélica Dass. Elle a photographié 3 000 personnes et distingue leur unicité en leur attribuant un numéro de référence de la couleur Pantone à partir de leur couleur de peau. Comme en danse contemporaine, pour le photographe, cette série parcourt les questions autour du corps et de sa représentation. Elle permet de cultiver une différence dénuée de tout artifice. Pour Skall, cette œuvre souligne la multitude qui existe réellement, et interroge nos aprioris sur le fait d’être noir, ou blanc, ou métisse. De son côté François de Singly pointe un paradoxe : celui d’apposer le tampon du branding sur cette diversité, en utilisant la marque Pantone.

Le prénom et le nom de famille, témoins de notre appartenance à un ensemble

Pour Stéphane Baril, le travail de Lois Moreno nous fait réfléchir sur la notion de cocon, et de la transmission par mimétisme. Ses photographies montrent des ambiances dégagées et souvent une absence de visages pour que le spectateur puisse s’y identifier.

Skall a quant à lui présenté Thomas Struth, et ses portraits de famille très froids. Effectués avec une distance et une lumière toujours égale, les images représentent le monde de manière non émotionnelle, dans les années 80. Elles sont prises à hauteur de visage, positionnées par rapport au regard du photographe, ce qui influence fortement notre manière de les lire. La nature des relations se devine parfois dans l’image elle-même, indépendamment de ce que la famille et le photographe souhaitent montrer. Cette série amène deux questions : la manière d’appréhender ce qui nous est présenté, et la question de la cellule familiale.


The Falletti Family, de Thomas Struth

Le nom de jeune fille, qui n’existe presque plus

Nos spécialistes ont aussi évoqué la révolution féministe, et les œuvres de Pilar Albarracin. Pour Skall, le travail de l’artiste espagnole est un vecteur pour se poser la question « qu’est ce que je suis pour la société ? », intimement liée à celle du sexe. La photo où elle met une femme en scène, fumant dans un lit, à côté d’un taureau empaillé, évoque la fameuse cigarette d’après l’amour. L’image questionne l’origine des relations hommes-femmes et la valeur de sa position en tant que femme.

Stéphane Baril a saisi l’exemple d’Ellis Van Der Does, qui illustre avec son ironie et son décalage bien à elle la vague féministe. Pour Yuki Baumgarten, son travail a un réel caractère documentaire, portrait « d’une pointe de féminité dans un monde d’hommes ».


Ellis Van Der Does, pour The Pool sur la 4ème vague féministe

Reviendra-t-on un jour à des cartes d’identité sur lesquelles le genre ne sera plus inscrit ?

Le premier parfum mixte est signé Calvin Klein, CK one. En terme d’images, nos professionnels évoquent sur cette problématique la série Androgyne de Thibault Stipal, qui date de 2009, et bouleverse l’appartenance à une case, et la volonté de trouver une place.


Dans sa série Androgyne, Thibault Stipal interroge l’appartenance à un genre défini

Quelle influence a le lieu de naissance sur l’identité, et la culture ?

Skall, qui s’est aussi inspiré de la France pluriculturelle, s’est penché sur le travail de David Hamons. Cet artiste américain a travaillé autour de l’identité noire africaine et notamment marqué les esprits en apposant les couleurs de l’Afrique au drapeau de son pays. L’œuvre témoigne d’une réappropriation intéressante d’un territoire et d’une culture par le symbole.

La date de naissance, ou comment évoluent les relations intergénérationnelles et leur représentation ?

Aujourd’hui, on assiste à un mélange générationnel, et des échanges inédits, comme le souligne la dernière campagne du comptoir des cotonniers.

Identité plurielle et risque de déviance


Dans son dernier travail, Hilde Atalanta s’interroge sur l’identité plurielle et le risque de déviance

Grâce aux réseaux sociaux, l’identité aujourd’hui peut se décliner dans différentes versions, adaptées aux cercles sociaux : amis avec Facebook, professionnels avec LinkedIn, dating avec Tinder… Certains artistes comme Hilde Atalanta s’interrogent sur ces déclinaisons, et le risque de déviances qu’elles entraînent, dans une ère où l’on est souvent incités à se replier sur soi-même pour savoir qui l’on est vraiment. Daisuke Takakura, dans sa série Monodramatic, représente ces différentes facettes de la personnalité dans des images facétieuses et explicites. À l’ère du numérique, une question vient s’ajouter aux autres. Celle de l’identité virtuelle, somme de souvenirs, et d’expériences : comment trouver un équilibre et concilier la mémoire à cette identité virtuelle créée de toute pièce par soi-même ?


la multiplicité de soi, par Daisuke Takakura

Le dernier tweet d’Adobe résume bien l’intégralité de l’échange, et la conclusion que l’on peut en tirer.

L’intégralité de la conférence :

Par Lisa Darrault

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