Yodel : le collectif artistique qui « ambiance » Nantes

À l’occasion d’un voyage à Nantes, étapes: a fait la connaissance du jeune collectif Yodel. Depuis deux ans, Élodie Vimard, Arnaud Bénureau, Gregg Bréhin, Gaëtan Chataigner, Olivier Deniaud et Gildas Joulain mettent leur savoir-faire en commun pour porter un regard nouveau sur la ville.

La bande des 6 « ambianceurs », comme ils se définissent, officie à plusieurs niveaux : de la direction artistique à l’évènementiel, en passant par l’illustration, le graphisme ou le web design. Pour eux, l’objectif est avant tout de proposer une approche globale sur chaque projet et d’apporter leur contribution à la riche vie culturelle nantaise. Difficile donc de vraiment définir Yodel, si ce n’est de dire que le collectif véhicule un véritable « esprit », guidé par le plaisir et les rencontres.

Pouvez-vous nous présenter Yodel ?

Gregg : Yodel, c’est un collectif de 6 personnes et aussi un lieu, ça fait deux ans qu’on est ici en bail 3 6 9, donc on est encore là pour un petit moment… Chacun est indépendant, à la Maison des Artistes ou en auto-entreprise. En fait, ç’est le lieu qui fait le nom et qui fait la boite.

Arnaud : À la base on est un noyau dur de 6, mais ce n’est pas un collectif consanguin. Il y a plein de gens qui gravitent autour. C’est pas du tout hermétique, c’est ni un collectif, ni une agence, c’est avant tout un lieu où on partage des compétences.

Gildas : C’est un bar !

Gregg : On se qualifie comme des « ambianceurs ». Cet adjectif blague du début est en fait une réalité. On fait des choses sérieuses, mais toujours dans une bonne ambiance et avec l’envie de s’amuser.

Arnaud : Après, on travaille rarement à 6 en même temps. Chacun a ses propres projets. En revanche, les projets qu’on a fait en collectif sont vachement identifiés à la ville de Nantes. On a tous un rapport à cette ville par notre naissance ou nos parcours professionnels antérieurs et, on a envie de faire bouger cette ville à notre sauce. Alors on est souvent perçu comme des « ambianceurs », des mecs qui rigolent et qui boivent du Gin Tonic, mais on est pas que ça. Je pense qu’on a un vrai regard sur la ville et ce regard, il ne se concentre pas sur des vernissages d’art contemporain, sur des festivals indé comme SOY, ou dans les soirées électros de Chichi. Il se diffuse un peu partout.
Par exemple, l’année dernière, on a organisé la première édition de Nuit du Voyage à Nantes. L’idée était de renouer avec Le Festival des Allumées de Jean Blaise. On a relevé le défi dans un très court délai. Ce qui a fait le succès de l’évènement, c’est qu’on a été capable de proposer un regard sur la ville hyper multiple, hyper éclaté, et on a pas peur du mot, hyper populaire aussi.

Gregg : C’est ça en fait, on est super populaire, même si on a des belles chaussures, on est super populaire.


Arnaud : Tu vois, on assume d’organiser une pêche au canard géante parce qu’on trouve ça cool. Mais ça nous empêche pas aussi d’envoyer Guillaume Marmin et Antoine Bellanger à la Chapelle de l’Oratoire pour faire une composition exclusive, visuelle et sonore, autour des tableaux de Charles de la Fosse, pour une jauge de 60 personnes.
Et aussi d’aller mettre Helena Noguerra passage Pommeraye. Évidemment on est pas lié au Voyage à Nantes. Mais notre travail pendant le Voyage à Nantes permet de définir notre esprit.

Gildas : D’ailleurs notre ambition de cette année est aussi d’aller voir ailleurs qu’à Nantes. Par exemple sur les appels d’offres culturels, il y a des choses sur lesquelles on pourrait intervenir dans d’autres villes. À nous aussi d’apporter ce regard à l’extérieur de Nantes, prendre l’air, se frotter à d’autres choses.

Donc, vous envisagez vos projets dans leur globalité (organisation, graphisme, scéno) ?

Arnaud : En fait on propose une sorte de couteau suisse artistique.
Par exemple la Nuit du Voyage à Nantes est organisée par Gregg et moi, mais il nous viendrait pas à l’esprit de dire qu’on le fait que à deux. On intègre tout le collectif dans la danse pour que chacun puisse apporter ses capacités et ses talents, de la photographie au graphisme, en passant par la vidéo et les autres passerelles de communication. Quand on met toutes les pièces ensemble ça forme le puzzle Yodel.

Comment définiriez-vous votre approche, votre identité

Arnaud : On pourrait dire le truc hyper simple : « apporter un regard décalé sur la ville », mais ça j’y croit pas du tout. On est pas des joueurs de flûte.
Pour le moment, on ne se pose pas trop la question, c’est vachement instinctif. On pourrait faire 20 pages pour nous présenter, mais nous ce qu’on aime c’est de taper dans le dur, rencontrer des gens. Faire des dossiers par écrit… pas vraiment. Yodel c’est des personnes, si tu veux vraiment nous connaître, vient nous rencontrer et tu te ferras une idée par toi même. On hésite pas à recevoir les gens, déboucher une bouteille de blanc à 15 heures…


Gildas : Après, chacun a ses projets et par rapport à Yodel, on met en avant une certaine image. On montre davantage notre activité en rapport avec la scène culturelle, plus que nos travaux pour une banque par exemple.

Gregg : On s’investit dans le milieu culturel, mais on souhaite aussi faire un retour vers l’éditorial. On est plusieurs à venir de là et pour nous, c’est important de se pencher sur un projet de revue, à l’échelle de la ville ou de la région.

Arnaud : En fait, l’esprit Yodel a vocation à se diffuser sur plusieurs terrains et secteurs différents. L’éditorial en sera une partie, mais ça ne sera pas la vitrine de Yodel. La Nuit du Voyage à Nantes n’est pas notre vitrine non plus.

Gregg : En fait chacun à sa propre vitrine, pour au final former un supermarché.

Y a-t-il une forme d’entraide à bosser en collectif ?

Arnaud : Oui, chacun participe aux projets des autres. Par exemple, Gildas bosse actuellement pour Vuitton, il ne se cache pas derrière son ordi, à garder son projet pour lui. On échange constamment pour se nourrir du regard des autres.

Olivier : Après, même si aujourd’hui on a plus de projets communs entre nous, on ne peut pas faire tout à 6. Il vaut mieux parfois, sur un projet, être à 2-3 de Yodel et ensuite faire appel à d’autres gens. Cette façon de travailler permet d’élargir la typologie des clients. Avant Yodel, on a chacun bossé avec pas mal d’agences de communication, et d’ailleurs on continue sans se mettre en concurrence avec elle. S’ils nous appellent encore, c’est parce qu’ils aiment ce que le collectif dégage. On est cool. Les gens viennent chercher un peu de nous, sans se sentir pieds et poings liés.

Arnaud : En fait, ils viennent pas chercher des casse-couilles.


Y a-til la place dans le milieu nantais de l’image et de la communication pour un collectif comme Yodel

Olivier : La situation est encore un peu verrouillée par les grosses agences. Les gros budgets sont encore très souvent confiés à des DDB, Double Mixte, Young…

Gildas : Il faut voir aussi qu’on fait partie des premiers à se mettre en collectif à Nantes, donc je pense qu’il y a une place à prendre. Moi j’aime bien dire qu’on à un côté artisanat, on se la joue pas agence de com’, on est dans un autre mode d’économie.

Olivier : Et si d’autres collectifs se forment, on est content. Il y a les Appelle moi papa par exemple. On se rencontre, on discute. Il n’y a pas de concurrence malsaine. Il y a pas ce truc d’agence de se dire qu’on va se piquer des marchés.

Arnaud : En fait, on essaye d’être le plus ouvert possible, on aime rencontrer autant des personnes jeunes que plus âgées. C’est un peu ce qu’on peut reprocher à Nantes encore. Les milieux restent assez fermés. Nous on n’entretient aucune chapelle, ni politique, ni culturelle.

Olivier : C’est exactement ça, par exemple Chichi qui fait partie de Yodel, il est organisateur de soirée électro. On réalise ses visuels, mais ce n’est pas pour ça qu’on doit nous cantonner une étiquette électro. D’ailleurs, on est toujours autant investi dans le milieu du rock, et de la musique en général.
On fait aussi bien appel à nous pour le graphisme du programme Stereolux, que pour le magazine Bigre qui s’adresse à des parents. Après, ça aurait été plus difficile de monter ça avant. Avant tout, Yodel est une histoire de bons copains et d’expériences partagées.

Arnaud : Maintenant la balle est dans notre camp, il faut qu’on aille provoquer les choses pour pas s’en mordre les doigts.

Gildas : En terme d’images, la volonté du collectif est de dépasser le stade de la belle image. Il y a toujours cette volonté de proposer de la direction artistique, du concept.

Gregg : Le fait d’être pluridisciplinaire et des « ambianceurs » a aussi un bon côté. Ça nous permet d’avoir la décision finale. On fait les évènements qui nous plaisent et on peut y mettre l’image qui nous plait en tête d’affiche.
Toujours dans l’idée de direction artistique, on est aussi sur le bout du plongeoir pour faire un magazine, on est a deux doigts de le faire. Ça permet également de s’exprimer, via un autre support que l’évènement, le fly ou la commande privée.

Gildas : Quand j’avais 20 piges, mon objectif c’était d’avoir des belles images, des parutions dans des sites. Mais avec le temps tu veux te concrétiser dans des projets qui t’éclatent.

Arnaud : Par exemple, à travers la Nuit du Voyage à Nantes et la Vélo Parade, on a essayé de repousser les possibles. On veut réinvestir la ville, graphiquement, visuellement et avec amusement. Notre terrain de jeu c’est la ville dans son ensemble. À plusieurs reprises, on nous en a confié les clés, il faut en profiter.


Des projets en particulier pour l’avenir ?

Gregg : moi c’est avant tout l’éditorial.

Arnaud : Oui déjà il y a la revue et puis de faire un projet à tous. On a la légitimité pour faire des choses qui font sens. Il est temps qu’on aille frapper à la porte de la ville pour proposer notre vision de la culture.
On est également vachement attaché à la notion de transmission. À l’époque des plus anciens nous ont aidés dans nos domaines respectifs et aujourd’hui, on veut aussi transmettre aux plus jeunes.

La Nuit du Voyage à Nantes


Direction artistique – Réalisation – Programmation

La Vélo Parade

Direction artistique – Photographies – Illustrations – Webdesign

Le Voyage à Nantes

Direction Artistique – Photographies

Indigènes

Illustration

Festival So Film

Direction artistique – Webdesign

Les French Cowboy

Direction artistique – Webdesig- Photographie

Magazine Bigre

Design graphique – mise en page – photographies – webdesign

http://www.yodel-yodel.com/

Photos : Charles Loyer

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